Louis CARROGIS dit CARMONTELLE (Paris 1717 - 1806)

Lot 133
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60 000 - 80 000 €

Louis CARROGIS dit CARMONTELLE (Paris 1717 - 1806)

Transparent: campagne de France Aquarelle et gouache. Sur quatre papiers Whatman assemblés. Notre transparent, est un fragment d'un rouleau. Il a été monté dans un encadrement qui permet de l'éclairer par derrière. 42 x 162 cm de B. Provenance: Probablement vente Carmontelle, 17 avril 1807, lot de onze «boîtes de rouleaux transparents». Homme de théâtre et de divertissement, dessinateur, créateur de jardins, Carmontelle inventa en 1783 un nouveau moyen d'amuser la société de son entourage, le transparent. Tendu entre deux bobines et éclairé par transparence, un rouleau peint défilait devant les yeux des spectateurs en leur donnant l'impression de se mouvoir à travers un charmant paysage. Les scènes représentées sont bien souvent analogues à celles de ses fameux proverbes, sortes de petites comédies improvisées, comme le remarquaient Portalis et Beraldi: «Carmontelle n'avait pas de plus grand plaisir, a-t-on dit, que de mettre ses proverbes en transparents et ses transparents en proverbes» (Les graveurs du XVIIIe siècle, Paris, 1880, t.I). Dans la veine de Robertson, inventeur dans les années 1790 des Fantasmagories où il mêlait lanterne magique, illusion et musique, Carmontelle réunit théâtre, musique et image animée dans une composition éphémère, nouvelle sorte de spectacle adaptable à des publics différents, transportable et maniable par une seule personne. Il a lui même décrit avec une grande précision son invention dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de Paris (Louis de Carrogis, Mémoire sur les tableaux transparents du citoyen Carmontelle l'an IIIe de la liberté, Paris, Bibliothèque d'Art et d'Archéologie), et dont nous publions ici quelques extraits. «Ces tableaux sont peints sur une bande de papier de Chine ou de papier vélin de la hauteur d'environ 15 pouces et de la longueur de 80 à 180 pieds selon la quantité d'objets successifs qu'on veut représenter, et cette bande de papier est bordée par le haut et par le bas d'un galon noir qui l'empêche de se déchirer. Pour que les objets peints sur cette bande de papier passent successivement, elle est montée sur deux rouleaux de bois renfermés dans une boîte noircie et placés à ses extrémités. Cette boîte a deux ouvertures d'environ 26 pouces carrés où sont deux portent qui se révèlent pour laisser passer la lumière du jour au travers du papier peint. A l'axe de ces rouleaux on adapte une manivelle qui fait tourner un des rouleaux sur lequel se replie toute la bande de papier qui enveloppe l'autre rouleau qui, tournant ainsi, fait passer successivement tous les objets peints sur ce papier. Pour peindre ces papiers transparents, il faut les appuyer, avant l'installation dans la boîte, sur un des carreaux d'une croisée, pour voir l'effet des nuances des couleurs à mesure que l'on travaille; car si l'on peignait ce papier à plat sur une table, comme on dessine ordinairement, on serait surpris du peu d'effet que ferait cet ouvrage, au lieu que de l'autre manière on y arrive très surement. Pour peindre les différents objets qu'on a représentés, on n'emploie que des couleurs gommées qui sont le bleu de Prusse, le carmin, l'encre de Chine, l'indigo, la laque verte, qui mêlée avec la gomme gutte, donne différents tons aux verts. Pour les ombres, du noir d'ivoire, du brun rouge ou du bistre, pour les ton rougeâtres du vermillon plus ou moins fort». Si tous les personnages d'une société revivent dans ses portraits dessinés, c'est donc toute une société qui se ranime dans ses transparents, avec le décor dans lequel ils vécurent. Dans son article consacré aux transparents de Carmontelle (Pierre Francastel, Les transparents de Carmontelle, L'Illustration, 17 août 1929, p.159), Pierre Francastel souligne l'importance de l'oeuvre de l'artiste: «Considérée dans son ensemble, son oeuvre, qui du seul point de vue littéraire ne dépasse pas le second rang, devient l'une des plus vivantes et des plus complètes qui soient. C'est au premier rang des mémorialistes et chroniqueurs du siècle qu'il faut le placer, comme l'un de ceux qui nous ont donné le plus fidèle spectacle de leur temps». Ce lot est présenté par la S.V.V. LIBERT - 14, rue Grange-Bâtelière - 75009 PARIS Tél: 01.48.24.51.20 - Fax: 01.48.24.29.14
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